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Edito 294

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l'édito: 

Chers specta-teur-trices,
Voici le joli mois de mai et le moment pour certains d’entre nous de partir dans le plus grand festival de cinéma du monde découvrir les nouveaux films de nos auteurs préférés et rencontrer ceux qui seront les auteurs de demain. C’est notre ami Pedro, en compétition l’année dernière avec sa « Julieta », qui sera le grand chef du jury de la sélection officielle cette année avec comme membre du jury entre autres Agnès Jaoui actuellement sur votre écran préféré dans le magnifique rôle d’Aurore, film de Blandine Lenoir. Cette année encore vous aurez la chance de découvrir en même temps que les festivaliers trois films de la sélection officielle : le 17 mai « Les fantômes d’Ismaël » d’Arnaud Desplechin, le 24 mai « Rodin » de Jacques Doillon et dès le vendredi 26 mai le nouveau film de François Ozon « L’Amant double » seulement quelques mois après le très beau « Frantz ». Enfin, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs « L’Amant d’un jour » de Philippe Garrel arrivera sur nos écrans le 31 mai. D’autres festivals devront attirer votre attention sur ce programme avec des séances spéciales dans le cadre de partenariats que nous renouvelons chaque année avec le Festival Arabesques ou encore le Festival de documentaires de Lassalle en Cévennes. Puis arrivera le mois de juin, nous recevrons avec l’équipe de Languedoc Roussillon Cinéma, le réalisateur anglais Andrew Steggall pour son joli film sensible et délicat « Departure ». Nous participerons à la campagne des élections législatives le mardi 6 juin, avec l'organisation d'une avant-première du film « L’Assemblée » de Mariana Otero sur le mouvement Nuit Debout qui a eu pour conséquence la naissance du mouvement La France insoumise. Plusieurs candidats aux législatives de la France Insoumise seront présents à cette soirée.
On vous attend nombreux et joyeux !
Noémie

Les Fantômes d'Ismaël : le raisonnable et le fou

Arnaud Desplechin jongle avec virtuosité dans un entrelacs de récits pour une plongée vertigineuse et romanesque digne de l'expressionisme abstrait. Le temps glisse comme le sable entre les doigts d'une femme assise sur une plage, et les souvenirs de la réalité et l'imagination s'enchevêtrent dans le bric-à-brac d'un grenier de famille exploré par un homme éclairé à la lampe frontale. Ces deux images, parmi tant d'autres dans l'incroyable foisonnement du nouveau film d'Arnaud Desplechin, Les Fantômes d'Ismaël, dévoilé en ouverture hors compétition du 70e Festival de Cannes, ne sont qu'un des multiples fils autour desquels le cinéaste tisse une oeuvre exceptionnelle qui est aussi une sorte de somme fragmentée et de revisitation de ses thèmes de prédilection. Jouant avec la temporalité et les genres à la frontière du déséquilibre où seul un maître peut s'aventurer sans risquer de perdre le spectateur, le réalisateur français s'offre un fascinant voyage masqué, un véritable défi d'équilibriste de la narration dont le seul début est une parfaite illustration. "Où est Dédalus ?", "ce type bizarre", "disparaître, c'était sa spécialité". Tout commence au ministère des Affaires Etrangères, dans des couloirs lambrissés, puis au cours d'un déjeuner de diplomates, on évoque Vilnius, Londres, Trinidad, avant de repartir 35 ans auparavant assister au recrutement du jeune Dédalus (Louis Garrel), un étrange autodidacte qui parle six langues. Et d'un seul coup, nous voilà avec Ismaël (Mathieu Amalric), appelé au secours dans la nuit par son beau-père ("des idées sombres sont revenues m'assaillir"), et dont on apprend que sa femme Carlotta s'est évaporée dans la nature une vingtaine d'années auparavant. Un taxi et Ismaël rejoint Silvia (Charlotte Gainsbourg), sa nouvelle compagne et hop, on recule de deux ans pour le récit (drôle) de leur rencontre avant d'avancer de nouveau et de les retrouver au bord d'une plage où l'on découvre que Dédalus est en fait le personnage d'un film qu'Ismaël prépare (mais aussi son frère dans la "vraie vie") et où Carlotta (Marion Cotillard) resurgit en chair et en os des limbes du passé. Tout le monde suit ? Retour douloureux de l'amour-haine fantomatique, règlements de compte, vie des morts, cauchemar éveillé, affres de la création : Desplechin opère un virtuose "dripping" à la Pollock de ses obsessions et de ses addictions, avec en fil rouge un film dans le film où le diplomate-espion Dédalus navigue de Berne à Prague, en passant par Douchanbé. Un patchwork où les exégèses du cinéaste reconnaitront mille clins d'oeil à ses films précédents, mais où il insuffle un esprit nouveau, plus ludique, voire "comique" par instants, une sorte de mise en perspective distanciée de l'entrechoquement de la noirceur des champs de force humains et des sentiments qu'il a toujours excellé à dépeindre à travers des jaillissements d'instinct brisant l'intellectualité de son cinéma. Le tout filmé de la main d'un maître raisonnable adorant malaxer la folie dans un jeu de miroirs où ses interprètes principaux trouvent matière à exprimer tout leur talent (mention spéciale à Charlotte Gainsbourg dans le rôle le plus difficile de la personnalité la plus "normale"). Vaste toile cryptique ambitionnant de s'inscrire, à sa manière, dans la lignée (le cinéaste ne s'en cache pas) d'oeuvres comme Huit et demi et Providence, Les Fantômes d'Ismaël n'a sûrement pas livré tous ses secrets à la première vision, ce qui est déjà un gage de totale réussite pour un film de funambule traversant dans un style téméraire très personnel les gouffres de l'inconscient.

La liste des jurés - Cannes 2017

La liste des jurés pour Un Certain Regard, la Caméra d'or, la compétition des courts métrages et celle de films d'écoles de la Cinéfondation. Les présidents des jurys : Sandrine Kiberlain (Caméra d'Or), Uma Thurman (Un Certain Regard) et Cristian Mungiu (Cinéfondation, courts-métrages).
Après la révélation de la composition du jury de la compétition officielle du 70e Festival de Cannes (du 17 au 28 mai) présidé par Pedro Almodóvar (lire la news), l'identité des professionnels des trois autres jurys officiels de cette édition a été dévoilée. Voué à départager 18 titres cette année, le jury Un Certain Regard présidée par l'actrice américaine Uma Thurman inclura l'acteur français Reda Kateb, le réalisateur belge Joachim Lafosse, son homologue égyptien Mohamed Diab, et Karel Och, le directeur artistique du festival de Karlovy Vary. Présidé par l'actrice française Sandrine Kiberlain (news), le jury qui décernera la Caméra d'or à un premier long métrage présenté en Sélection Officielle, à la Semaine de la Critique ou à la Quinzaine des réalisateurs, comprendra plusieurs autres professionnels issus de l'Hexagone : l'actrice Elodie Bouchez, le réalisateur Guillaume Brac, le chef opérateur Patrick Blossier, le critique Fabien Gaffez et Thibault Carterot (président de la société de post-production M141). Les épaulera le producteur suisse Michel Merkt. Enfin, le jury présidé par le cinéaste roumain Cristian Mungiu qui décernera la Palme d’or du court métrage parmi les neuf titres sélectionnés en compétition et qui départagera aussi les 16 films d’étudiants d’écoles de cinéma présentés dans la Sélection Cinéfondation, réunira la réalisatrice grecque Athina Rachel Tsangari, l'actrice française Clotilde Hesme, le cinéaste américain récemment oscarisé Barry Jenkins et son homologue singapourien Eric Khoo.