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Edito 291

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l'édito: 

Chers Spectateurs,
Notre coup de cœur ce mois-ci, vous l’aurez deviné c’est « Noces » de Stephan Strecker, l’histoire tragique d’une jeune femme tiraillée entre l’amour pour sa famille et sa propre liberté. On a adoré accueillir la jeune comédienne Lina El Arabi et partager cette avant-première en votre compagnie ! Le film sort le 22 février et c’est à ne pas manquer ! D’autres films importants partageront l’affiche de « Noces », comme
« Loving » le nouveau Jeff Nichols quand une histoire d’amour change le cours de l’Histoire ! , « Les oubliés » de Martin Zandvliet, un récit sur la survie, le pardon et l'humanité retrouvée au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou encore « Citoyen d’honneur » de Mariano Cohn et Gastón Duprat un film argentin inclassable, amusant et surprenant sur un prix Nobel de littérature de retour dans son village natal. Le nouveau film de Lucas Belvaux ne peut être que salvateur puisque « Chez nous » est un film qui énerve le FN sans même qu'ils l’aient vu. Il y aura aussi des films documentaires magnifiques et passionnants comme « Zona Franca » de Georgi Lazarescu, « Madame B. Histoire d’une Nord-Coréenne » de Jero Yun, « L’empereur » de Luc Jacquet et le très attendu « David Lynch : The Art Life » de Jon Nguyen. Parmi tous les chouettes événements à venir, nous sommes heureux d’accueillir le Collectif des d'habitant(e)s de la Tour d'Assas le 14 mars, l’occasion d’échanger avec elles autour de leur combat contre l’injustice sociale. Bref, un programme riche et varié qu’on vous laisse découvrir à travers le magazine ! Bonnes projections à toutes et à tous !
Noémie

Chez nous: "Tous nos candidats sont irréprochables"

Lucas Belvaux signe un film engagé sur les manoeuvres pré-électorales d'un parti d'extrême droite en quête de têtes de gondole présentables. C'est une petite ville du Nord de la France, en apparence très tranquille, aux rues désertes le soir et où la nature reprend ses droits à peine les dernières maisons dépassées, mais où l'Histoire a posé son empreinte de guerre avec des obus que l'on retrouve encore dans les champs au hasard des labours. Et comme dans toutes les villes, des élections municipales se préparent qui entrent en résonance avec des enjeux nationaux et européens. Car c'est aux manoeuvres tactiques du populisme d'extrême-droite que s'attaque Lucas Belvaux avec la production franco-belge Chez nous, dévoilée en première mondiale dans la section Voices du du 46e Festival de Rotterdam. Le cinéaste, qui n'a jamais caché la couleur de ses engagements (à l'image du personnage d'activiste révolutionnaire prolétarien de Cavale en 2003) ne fait aucun mystère de sa volonté de démonter dans son nouveau film l'entreprise de maquillage cosmétique opérée en France par le Front National (qui a d'ailleurs crié au loup dès la mise en circulation du trailer) qui recrute de nouveaux visages vierges des pratiques et de l'idéologie beaucoup plus brutales de la frange la plus sombre de ses sympathisants que l'on s'efforce de mettre sous le tapis. Le réalisateur s'est associé pour l'occasion au scénario avec Jérôme Leroy dont le polar glaçant Le Bloc décrit l'ascension vers le pouvoir en France d'Agnès Dorgelle, présentée dans le roman comme "la fille du Chef", "l'héritier présentable du Bloc patriotique". Ce personnage, on le retrouve dans Chez nous, incarnée par Catherine Jacob, à la tête du Rassemblement National Populaire en campagne qui tente (via l'excellent André Dussollier, dans un rôle de médecin, notable local manipulateur) et réussit à convaincre Pauline (Emilie Dequenne), une infirmière libérale "que tout le monde aime", de se présenter aux municipales, dans une ville que le parti à choisi comme cible nationale symbolique. Mais à travers son histoire d'amour avec Stanko (Guillaume Gouix), la jeune femme découvrira peu à peu les liaisons troubles de ses parrains politiques avec les paramilitaires du Bloc et tous les rouages "marketing" que dissimule son rôle de "tête de gondole" ("jamais de termes racistes, dites "racaille", tout le monde comprendra"). S'appuyant sur sa très grande facilité à dépeindre avec justesse les milieux populaires sans jamais juger ses personnages, Lucas Belvaux signe un film "à charge" sur les dangers du pouvoir séducteur et trompeur de l'extrême droite dans un territoire en déshérence économique et sociale. Un portait mis en scène avec maîtrise dans lequel brille Emilie Dequenne, mais qui ne va pas sans raccourcis scénaristiques simplificateurs, l'urgence du message à transmettre avant les élections françaises du printemps 2017 étant à l'évidence la priorité du cinéaste.

Félicité : le Grand Prix de Berlin pour Alain Gomis

Le cinéaste franco-sénégalais ramène de Berlin un trophée majeur grâce à un film produit par Andolfi avec Granit Films et Cinekap. Révélé à Locarno en 2001 avec L'Afrance (Léopard du meilleur premier film), passé ensuite par les Venice Days 2007 avec Andalucia, puis déjà en compétition à Berlin en 2012 avec Aujourd'hui, Alain Gomis a gravi un échelon supplémentaire dans la hiérarchie des cinéastes couvés par les grands festivals internationaux en remportant avec son 4e long métrage, Félicité, l'Ours d'argent - Grand Prix du Jury de la 67e Berlinale (lire la news complète). Ecrit par le réalisateur (né à Paris en 1972 et originaire du Sénégal et de Guinée Bissau) et interprétée dans le rôle-titre par Véro Tshanda Beya, Félicité est une production majoritaire française,qui a été pilotée parArnaud Dommerc pour Andolfi avec Granit Films (société parisienne cofondée par le cinéaste) et Cinekap (Sénégal). Coproduit par les Belges de Need Productions, les Allemands de Katuh Studio et les Libanais de Schortcut Films, le long métrage a été soutenu notamment par l'Aide aux Cinémas du Monde du CNC et le World Cinema Fund de la Berlinale. Jour2Fête qui distribuera le film dans les salles françaises le 29 mars pilote les ventes internationales avec évidemment une très forte accélération des négociations en cours.